Patois standard ou patois locaux :

 

          Parmi les défenseurs des langues régionales, je dois être un des rares à écrire en plusieurs parlers, pour ne pas dire patois puisque pour certains, c'est un mot tabou alors que pour les patoisants lorrains, vosgiens pour la plupart aujourd'hui, le mot patois a plutôt un sens affectif : c'est leur patois, une partie de leur vie.

        Il faut comprendre que pour les deux langues qui me passionnent, à savoir le breton et le lorrain, j'ai deux approches différentes. Le breton, c'est d'abord par la chanson (Alan Stivell, Tri Yann, Gilles Servat, ...) que je l'ai découvert et ensuite, quand je l'ai appris, c'était par les textes. Beaucoup plus tard, je me suis intéressé au breton dialectal grâce aux témoignages de personnes enregistrées ou de cassettes audio (et après de CD) pour améliorer ma prononciation. C'est pour cela que l'idée d'un breton standard ne me choque pas même si aujourd'hui, je suis plus tourné vers le breton populaire, le badume comme on dirait (de l'expression ba du-m'(añ) vé lâret... : par ici / chez nous, on dit...).
        Le lorrain, c'est plutôt le chemin inverse : j'en connaissais un peut étant enfant : de nombreux mots et aussi quelques phrases que mon père m'avait apprises. Même si j'ai collecté par la suite de nombreux textes et consulté nombre d'études sur les différents patois lorrains, c'est avec les patoisants que je l'ai appris (à Drouville en allant chaque dimanche chez une patoisante, à Neuviller-sur-Fave aux cours de patois ou les patois de Ban-de-Laveline grâce aux cassettes audio du groupe de patoisants de ce village et pour le Valtin, grâce au CD de M. Maurice Gérard.
       
        Donc, l'idée d'un patois standard comme le gallo ou le picard me gêne un peu. Quel patois choisir ? Le patois messin, patois le plus présent dans la littérature en patois, mais cela ne ravira sûrement pas les meurthe-et-mosellans et les autres Lorrains ne se reconnaîtront pas non plus dans ce patois. On pourrait choisir un patois intermédiaire, celui de la vallée de la Natagne (Landremont, Bezaumont, Belleau, ...) : le vocabulaire est messin mais la prononciation est déjà celle du grand Couronné / Lunévillois. C'est un bon compromis mais cela reste toujours un compromis !

        Même chose pour les patois des Hautes-Vosges où le patois se différencie selon les vallées. On pourrait choisir le patois de Fiménil (Bruyères), patois de la montagne mais qui a l'avantage d'avoir quelques influences de la plaine (Nord de Rambervillers) mais c'est oublier tous les autres patois et les efforts qui ont été faits pour les sauvegarder. En allant aux réunions de Gérardmer et aux assemblées annuelles, j'ai pu constater que si les patoisants utilisaient leur patois respectif, ils se comprenaient fort bien et on peut faire de même à l'écrit.

        Patois standard ou patois locaux, le débat reste ouvert.